LA DANSE TRADITIONNELLE :
"L'amour de la tradition n'est pas nostalgie du passé, mais souci de l'avenir. Quand je vois pourrir une racine, je pense aux fruits qui ne seront plus". (J-Y Leloup, L'absurde et la grâce, Paris, Albin-Michel, 1991).
"Si tu sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens. Si tu ne sais pas d'où tu viens, regarde où tu vas".
Origine des danses traditionnelles :
La danse et le chant se retrouvent dans toutes les civilisations humaines, depuis la nuit des temps.
Les danses traditionnelles anciennes et populaires sont les témoins d'une culture paysanne, terreau de nos origines.
La part de notre connaissance du répertoire actuel est infime par rapport à ce qui existait. Tout ce qui nous reste a failli ne pas survivre au XXème siécle : Avec l'ère industrielle, l'exode des campagnes vers les villes, Il y avait un sentiment de honte "des danses d'autrefois", qualifiées de "ringardes", perçues comme désuètes, ridicules même, avec un sentiment d'être paysan, de parler mal. Ces danses ont été détrônées par les danses de salon (mode oblige).
Grâce à un immense travail de collectage, dans les campagnes et villages, des répertoires de chansons, musiques et danses ont été sauvés. Ceux-ci sont pratiqués aujourd'hui par un nouveau public. C'est le revivalisme.
Les danses appelées aujourd'hui danses "traditionnelles" : Bourrées, rondeaux, gavottes, sauts, ..., que nous dansons désormais dans les "BALS FOLK" ou "BALETIS", résultent d'un élaboration traditionnelle ancienne et sont un aspect, parmi d'autres, d'une culture paysanne disparue : Un chanteur ou un danseur traditionnel, c'est d'abord un paysan.
Le milieu où se pratiquait la danse était délimité dans l'espace : Terroir, commune, paroisse. Horizon limité, espace restreint habité par un groupe de familles qui trouve là son cadre de vie pour l'existence entière et qui n'a pas idée de ce qui peut exister ailleurs.
On appelle "étranger" tout ce qui n'est pas paysan, tout ce qui sort du rayon d'une lieue. Le paysan ne passe pas les horizons, bornes de son terroir de travail et de vie. Le rayon de déplacement (entr'aide au travail, veillées) est de 4 kilomètres, sauf pour les foires; et le rayon de conclusion des mariages dit ""aire matrimoniale" est de 6 à 10 km.
Les mendiants, transporteurs routiers, pèlerins, colporteurs, compagnons, apportent parfois des influences extérieures sur le groupe (Chants, récits, contes, airs de danses, ...)
En général, les individus naissent et meurent là où ils vivent, sont modelés par le même milieu culturel, immuable : Les gens font le même travail, pratiquent les mêmes activités, depuis toujours. Chacun connait, tout le monde et tous les aspects d'autrui. l'individualité est presque nulle. C'est la soumission de tous à des règles collectives. Tous se côtoient, pas de repli individuel, aucune intimité; Promiscuité de tous les instants, y compris avec les bêtes.
C'est une vie communautaire complète : repas, travaux, plaisirs, veillées, prières, tout se vit en commun. Il n'existe pas de rythme de vie personnel. Baptème, mariage, décés ne sont pas des cérémonies privées, mais des évènements sociaux marqués par un rituel fixé par la tradition.
Les gros travaux d'été et d'automne imposent entr'aide et solidarité, échanges de services et s'accompagnent d'un droit de regard et de critique du groupe sur chacun et trace à chacun sa conduite dans l'intérêt de la collectivité.
Les manifestations impliquent tout le monde : Chandeleur, carnaval, carême, Pâques, féte patronale, ...
Même costume, même langage, même chant, même danse. Tout a la même signification dans une société où le travail est rude et énorme, épuisant, rythmé en fonction du soleil et occupe la quasi totalité de la vie. Cette vie qui s'accompagnait d'une pauvreté, d'un dénuement matèriel dont il est difficile de se faire une idée aujourd'hui.
Dans ce contexte, la danse et le chant sont une culture dans la vie. Activités de tous les instants, dans le travail et les loisirs.
Quand on se trouvait à deux, on chantait. On se mettait à danser pendant les travaux de compagnons; Tous chantaient.
d'innombrables témoignanges d'anciens disent s'être couchés épuisés, après une dure journée de labeur, et aussitôt relevés en entendant qu'on dansait à proximité et nombreux disent avoir fait une lieue pour rejoindre la danse : Fatigue oubliée !
La danse maintient les gens debout; On danse avec passion et ferveur. La danse est magique. Elle est un antidote d'une existence rude et difficile.
On danse avec "rage" en Provence et avec gravité en Bretagne, qui a poussé très loin la passion de la danse.
Ce plaisir qui semble pour eux être un repos autant qu'une distraction est un art de vivre, une manière d'être.
Quand on danse, on est trois : Le danseur, le milieu et l'histoire (Y. Guilcher).
Fonction de la danse :
Notre mentalité d'aujourd'hui conçoit la danse comme une activité uniquement récréative.
Les danses traditionnelles rurales avaient plusieurs origines et fonctions :
Cérémonielles, festives, religieuses, évènements de la vie, saisonnières, raisons agraires, magiques, rituels de fécondité (le rond,symbole universel)
Des fins pratiques : Pilonnage de l'aire à battre, du sol des maisons, foulage, éloignement des loups, des serpents;
Des visées magiques : Faire tomber la pluie, faire pousser le lin, favoriser les couvées, amadouer certains esprits de la nature, se protéger des maladies, protéger le bétail, etc ..
Un spectacle avec les "mascarades" (danses qui représentaient le village dans une commune voisine).
Ce qui est important est que la danse est un acte social :
Elle exprime, manifeste, conforte les rapports des hommes entre eux et avec l'ensemble auquel ils appartiennent, en harmonie avec les formes propres de la société de l'endroit.
La danse meublait tous les instants; Elle a été le plaisir par excellence des anciens. Elle a atteint une qualité remarquable qui témoigne, parmi d'autres modes d'expression, costume, mobilier, musique, chant, récits, contes, etc, de ce qu'a pu être la culture d'une civilisation paysanne d'autrefois.
samedi 15 septembre 2007
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire